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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/120

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permit à Jules de lui écrire de Flandre une fois tous les mois. Enfin, l’amant désespéré s’embarqua pour Barcelone. Toutes ses lettres furent brûlées par le prince, qui ne voulait pas que Jules revînt jamais en Italie. Nous avons oublié de dire que, quoique fort éloigné par caractère de toute fatuité, le prince s’était cru obligé de dire, pour faire réussir la négociation, que c’était lui qui croyait convenable d’assurer une petite fortune de 50,000 piastres au fils unique d’un des plus fidèles serviteurs de la maison Colonna.

La pauvre Hélène était traitée en princesse au couvent de Castro. La mort de son père l’avait mise en possession d’une fortune considérable, et il lui survint des héritages immenses. A l’occasion de la mort de son père, elle fit donner cinq aunes de drap noir à tous ceux des habitans de Castro ou des environs qui déclarèrent vouloir porter le deuil du seigneur de Campireali. Elle était encore dans les premiers jours de son grand deuil, lorsque une main parfaitement inconnue lui remit une lettre de Jules. Il serait difficile de peindre les transports avec lesquels cette lettre fut ouverte, non plus que la profonde tristesse qui en suivit la lecture. C’était pourtant bien l’écriture de Jules ; elle fut examinée avec la plus sévère attention. La lettre parlait d’amour ; mais quel amour, grand Dieu ! La signora de Campireali, qui avait tant d’esprit, l’avait pourtant composée. Son dessein était de commencer la correspondance par sept à huit lettres d’amour passionné ; elle voulait préparer ainsi les suivantes, où l’amour semblerait s’éteindre peu à peu.