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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/116

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un mot à Branciforte : Colonna avait déclaré qu’il était mort, et certes Jules ne reparaîtrait au monde que quand le prince le voudrait. La nourrice d’Hélène lui annonça en pleurant que sa mère venait enfin de découvrir sa retraite, et que les ordres les plus sévères étaient donnés pour qu’elle fût transportée de vive force au palais Campireali, dans Albano. Hélène comprit qu’une fois dans ce palais sa prison pouvait être d’une sévérité sans bornes, et que l’on parviendrait à lui interdire absolument toutes communications avec le dehors, tandis qu’au couvent de Castro elle aurait, pour recevoir et envoyer des lettres, les mêmes facilités que toutes les religieuses. D’ailleurs, et ce fut ce qui la détermina, c’était dans le jardin de ce couvent que Jules avait répandu son sang pour elle : elle pourrait revoir ce fauteuil de bois de la tourière, où il s’était placé un moment pour regarder sa blessure au genou ; c’était là qu’il avait donné à Marietta ce bouquet taché de sang qui ne la quittait plus. Elle revint donc tristement au couvent de Castro, et l’on pourrait terminer ici son histoire : ce serait bien pour elle, et peut-être aussi pour le lecteur. Nous allons, en effet, assister à la longue dégradation d’une ame noble et généreuse. Les mesures prudentes et les mensonges de la civilisation, qui désormais vont l’obséder de toutes parts, remplaceront les mouvemens sincères des passions énergiques et naturelles. Le chroniqueur romain fait ici une réflexion pleine de naïveté : parce qu’une femme se donne la peine de faire une belle fille, elle croit avoir le talent qu’il faut pour diriger sa vie, et parce que, lorsqu'