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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/114

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cette démarche mal avisée ? Vos bavardages de femmes ont fait périr sept hommes des plus braves qui fussent en Italie, et c’est ce qu’aucun homme sensé ne vous pardonnera jamais. En ce monde, il faut vouloir ou ne pas vouloir. C’est sans doute aussi par suite de nouveaux bavardages que Jules Branciforte vient d’être déclaré sacrilège et condamné à être tenaillé pendant deux heures avec des tenailles rougies au feu, et ensuite brûlé comme un juif, lui, un des meilleurs chrétiens que je connaisse ! Comment eût-on pu, sans quelque bavardage infâme de votre part, inventer ce mensonge horrible, savoir que Jules Branciforte était à Castro le jour de l’attaque du couvent ? Tous mes hommes vous diront que ce jour-là même on le voyait ici à la Petrella, et que, sur le soir, je l’envoyai à Velletri.

— Mais est-il vivant ? s’écriait pour la dixième fois la jeune Hélène fondant en larmes.

— Il est mort pour vous, reprit le prince, vous ne le reverrez jamais. Je vous conseille de retourner à votre couvent de Castro ; tâchez de ne plus commettre d’indiscrétions, et je vous ordonne de quitter la Petrella d’ici à une heure. Surtout ne racontez à personne que vous m’avez vu, ou je saurai vous punir.

La pauvre Hélène eut l’ame navrée d’un pareil accueil de la part de ce fameux prince Colonna pour lequel Jules avait tant de respect, et qu’elle aimait parce qu’il l’aimait.

Quoi qu’en voulût dire le prince Colonna, cette démarche d’Hélène n’était point mal avisée. Si elle fût venue