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Page:Stendhal - Chroniques italiennes, Lévy, 1855.djvu/102

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d’une de nos religieuses, pensa-t-elle, qui vient pour avoir un rendez-vous, et elle était dévote. Saisie d’horreur, elle se mit à agiter de toutes ses forces la corde d’une petite cloche qui était dans la grande cour, et qui fit aussitôt un tapage à réveiller les morts.

— La guerre commence, dit Jules à ses gens, garde à vous ! — Il prit sa clé, et, passant le bras à travers les barreaux de fer, ouvrit la porte, au grand désespoir de la jeune sœur qui tomba à genoux et se mit à réciter des Ave.Maria en criant au sacrilège. Encore à ce moment, Jules devait faire taire la jeune fille, il n’en eut pas le courage : un de ses gens la saisit et lui mit la main sur la bouche.

Au même instant, Jules entendit un coup d’arquebuse dans le passage, derrière lui. Ugone avait ouvert la grande porte ; le restant des soldats entrait sans bruit, lorsqu’un des bravi de garde, moins ivre que les autres, s’approcha d’une des fenêtres grillées, et, dans son étonnement de voir tant de gens dans le passage, leur défendit d’avancer en jurant. Il fallait ne pas répondre et continuer à marcher vers la porte de fer ; c’est ce que firent les premiers soldats, mais celui qui marchait le dernier de tous, et qui était un des paysans recrutés dans l’après-midi, tira un coup de pistolet à ce domestique du couvent qui parlait par la fenêtre, et le tua. Ce coup de pistolet, au milieu de la nuit, et les cris des ivrognes en voyant tomber leur camarade, réveillèrent les soldats du couvent qui passaient cette nuit là dans leurs lits, et n’avaient pas pu goûter du vin d’Ugone. Huit ou dix des