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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/95

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imposé ton père, c’est l’obligation de ne pas me défaire de ces ornements qui me conviennent si peu. Il a je ne sais quelle espérance politique peu fondée selon moi, et il se croirait deux fois plus pauvre et plus déchu le jour où sa femme n’aurait plus de diamants.

Une profonde tristesse parut sur le front d’Octave, et il replaça dans le tiroir du secrétaire ce papier dont le nom rappelait un événement si cruel et peut-être si prochain. Il reprit la main de sa mère et la garda entre les siennes, ce qu’il se permettait rarement. Les projets de ton père, continua madame de Malivert, tiennent à cette loi d’indemnité dont on nous parle depuis trois ans. — Je désire de tout mon cœur qu’elle soit rejetée, dit Octave. — Et pourquoi, reprit sa mère ravie de le voir s’animer pour quelque chose et lui donner cette preuve d’estime et d’amitié, pourquoi voudrais-tu la voir rejeter ? — D’abord, parce que, n’étant pas complète, elle me semble peu juste ; en second lieu, parce qu’elle me mariera. J’ai par malheur un caractère singulier, je ne me suis pas créé ainsi ; tout ce que j’ai pu faire, c’est de me connaître. Excepté dans les moments où je jouis du bonheur d’être seul avec toi, mon unique plaisir consiste à vivre isolé, et sans personne au monde qui ait le droit de m’adresser la parole. — Cher Octave, ce goût singulier est l’effet de ta passion désordonnée pour les sciences ; tes études me font trembler ; tu finiras comme le Faust de Goethe. Voudrais-tu me jurer, comme tu le fis dimanche, que tu ne lis pas uniquement de bien mauvais livres ? — Je lis les ouvrages que tu m’as désignés, chère maman, en même temps que ceux qu’on appelle de mauvais livres. — Ah ! ton caractère a quelque chose de mystérieux et de sombre qui me fait frémir ; Dieu sait les conséquences que tu tires de tant de lectures ! — Chère maman, je ne puis me refuser à croire vrai ce qui me semble tel. Un être tout-puissant et bon pourrait-il me punir