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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/81

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quelque flatteur qu’il puisse paraître, ne s’offre à moi que sous l’aspect d’une vérité affaiblie[1].

Beyle m’avait chargé par son testament de donner quelques volumes à ses amis ; j’ai satisfait le mieux qu’il m’a été possible à ce devoir. Des lettres m’ont été écrites, à cette occasion, par des personnes très-haut placées dans la société et parmi les gens d’esprit. Les sentiments qu’elles expriment honorent beaucoup la mémoire de Beyle, et justifient pleinement ce que j’ai pu dire d’élogieux touchant son cœur et son caractère. Je regrette que l’impérieuse loi des convenances m’interdise de reproduire ici ces témoignages d’affection et d’estime donnés à mon ami.

Selon les intentions manifestées dans le testament de Beyle, son corps a été inhumé au cimetière Montmartre (du Nord), dans un terrain acquis à perpétuité. Le petit monument funéraire que je lui ai fait élever rond-point de la Croix, 4e ligne, numéro 11, porte l’inscription suivante, composée par lui-même :

Arrigo Beyle,
milanese
scrisse
amò
visse
ann. LIX. M. II.
morì il XXIII marzo
M. D. CCC. XLII.

On a été surpris et généralement peiné de trouver dans l’épitaphe de Beyle la qualification de Milanais. On m’a même blâmé d’avoir cédé trop légèrement à une intention née, sans doute, d’un de ces mouvements spontanés, irréfléchis, auxquels on ne saurait s’arrêter. C’était une erreur. La volonté de Beyle, à ce sujet, était bien sérieuse, bien arrêtée. Mentionnée de la manière la plus explicite dans divers écrits de sa main, elle était formulée en termes exprès dans son

  1. Madame J. G. est morte à Paris, le 6 avril 1853.