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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/76

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vieillesse ; car personne ne la redoutait davantage, et ne prenait plus de soins pour en éloigner jusqu’aux apparences. Et puis, il fallait de nouveau abandonner les habitudes et l’existence qui, seules, avaient du charme pour lui. À cinquante-six ans, la vie errante ne convient plus guère ; il est triste de n’avoir aucun indice sur le lieu où l’on se reposera pour toujours des agitations de la vie ; Beyle ne disait pas ces choses, mais il y pensait tout comme un autre.

Enfin, les affaires et les devoirs de société ayant à peu près reçu satisfaction, il partit de Paris le 24 juin 1839. Une fois arrivé à son poste, il y reprit sa vie habituelle, résidant moitié à Rome, moitié à Civita-Vecchia, employant une partie de son temps à corriger d’anciens manuscrits ou à écrire de nouvelles compositions.

Dès le mois de décembre 1840, la santé de Beyle éprouva de graves altérations ; ce fut d’abord la goutte qui l’obligea de suivre un régime et de garder souvent la chambre. Puis vinrent de fortes migraines qui affectèrent gravement le système cérébral, et produisirent des accidents assez bizarres. Par moments, il lui était de toute impossibilité de se rappeler les mots dont l’usage est le plus habituel. D’autres fois, la langue se refusait à faire son office. Ces fâcheux symptômes, dont la nature sembla, d’abord, assez difficile à déterminer, devinrent insensiblement apoplectiques.

Beyle ne s’abusa point sur la gravité de son état ; mais il résolut de me le cacher soigneusement, et de ne point me mettre dans la confidence de ses inquiétudes. Il pensa qu’une amitié telle que la nôtre comportait des ménagements. Aussi, tout en rendant compte fort exactement des phases de sa maladie à l’un de nos amis, il lui recommandait toujours expressément de ne pas me laisser entrevoir le moindre danger.

Malgré la fatigue extrême que Beyle éprouvait pour écrire, il la surmontait de temps en temps, et je recevais de petits billets où, pour tout renseignement sur sa santé, il me parlait de migraines ennuyeuses.

En mars 1841, le goût de la chasse lui revint ; il allait sur le bord de la mer attendre les cailles qui, à cette époque de l’année, arrivent de l’Afrique par troupes nombreuses. Cet