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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/61

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Rome, malgré la pureté de son dévouement et l’éclat de son nom, n’inspirait au roi et à ses courtisans qu’une confiance fort limitée. Cependant il fallait prendre promptement un parti ; comment faire ?

Un des familiers de la cour, ancien ami de Beyle, lui demanda s’il pourrait donner tout de suite une statistique du sacré collège, accompagnée de notices sur les cardinaux papables ; il tailla sa plume, et résuma, en trois heures de travail, tout ce qu’il importait de savoir sur les cardinaux influents, ou ayant chance de ceindre la triple couronne. Il désigna, comme le candidat que la France devait porter au pontificat, le cardinal de’ Gregorio, longue et maigre éminence, avec laquelle le hasard me fit rencontrer, en 1828, dans une Osteria de Velletri. Ce prince de l’Église, fils naturel de Charles III (Carlos Tercero), disait à tout bout de champ : Io sono Borbone.

Charles X fut enchanté des notices de Beyle, et adopta tout de suite le cardinal de’ Gregorio. Restait à prendre les mesures pour préparer son élection. La résolution suivante fut arrêtée pendant trente-six heures :

1° M. A…, porteur du secret, et d’un million donné par le roi sur sa cassette, se rendrait à Rome pour un voyage d’agrément, en traversant le Simplon ;

2° M. B… le suivrait de près, passant le mont Cenis ;

3° M. C… rejoindrait bientôt ces messieurs, en arrivant à Rome, par Marseille, la Corniche, Gênes, etc.

Les préparatifs de départ étaient en bon train, lorsque de nouvelles réflexions firent avorter ce projet ; le château craignit de blesser trop profondément M. de Châteaubriand, tout en n’atteignant peut-être pas le but désiré. On chargea donc du secret notre ambassadeur, à Rome ; il employa tous ses efforts à fixer le choix du conclave sur le protégé de Beyle, le cardinal de’ Gregorio ; et ce prince de l’Église ne manqua la tiare que d’une seule voix, au scrutin qui la donna au cardinal Castiglioni (Pie VIII).

Beyle, malgré toute la pénétration de son esprit, ne comprit rien aux événements qui préludèrent à la révolution de 1830 ; elle était accomplie, qu’il croyait encore à l’effica-