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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/60

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septembre 1819 ; son voyage à Grenoble n’avait pas eu d’autre but.

Doué d’une humeur habituellement gaie, Beyle était cependant sujet à des accès de misanthropie concentrée qui portaient son esprit aux idées noires. L’année 1828 est probablement celle pendant laquelle les pensées tristes dominèrent le plus : il songea même au suicide. J’en ai trouvé la preuve dans quatre testaments écrits en parfaite santé, du 20 août au 4 décembre. Dans celui du 14 novembre, il me demande pardon de l’embarras qu’il va me donner, et me supplie surtout de n’être pas triste à l’occasion d’un événement inévitable. Par celui du 4 décembre, il me priait de terminer les Promenades dans Rome, de les corriger même, et de surveiller l’impression déjà commencée.

Cette tristesse, ce dégoût de la vie n’étaient pas sans quelques motifs sérieux. Une portion essentielle de ses moyens d’existence consistait dans la rétribution d’articles littéraires, envoyés en Angleterre et insérés dans le New Monthly Magazine ; le célèbre libraire Colburn, qui dirigeait cette revue, avait d’immenses affaires et ne mettait pas toujours une grande exactitude dans l’envoi des fonds. Beyle en éprouvait une extrême contrariété, et fut souvent sur le point de rompre ses engagements avec lui. Cependant, comme la chose avait de l’importance, il patienta jusqu’au moment où Colburn cessa définitivement de payer. Ainsi les besoins se multipliaient chaque jour, et il était aisé d’entrevoir l’époque prochaine où les ressources ne seraient plus en rapport avec leurs exigences. Heureusement le cœur était alors très-occupé ; cette diversion le détourna insensiblement des projets sinistres qui l’obsédèrent pendant une partie de l’année 1828.

Beyle écrivait les Promenades dans Rome, lorsqu’on apprit à Paris que le pape Léon XII venait de mourir, le 10 février 1829. Cette nouvelle, tout à fait inattendue, mit en grand émoi la cour de Charles X. Chacun de s’enquérir du nom du cardinal que la France aurait intérêt à voir monter sur le trône de saint Pierre ; mais personne ne connaissait un peu particulièrement la composition du sacré collège. D’autre part, M. de Châteaubriand, alors ambassadeur à