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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/54

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encore peu connue, lui ouvrit le salon de Paris, le plus riche de tous les avantages qu’il recherchait particulièrement. Un exemplaire de cette Histoire fut, comme il le disait plaisamment, jeté à la porte de M. le comte de Tracy[1], dont le livre sur l’Idéologie faisait depuis plusieurs années l’admiration presque exclusive de Beyle. M. de Tracy, homme aussi poli et bon qu’il était savant, se fit indiquer le logement de l’auteur de l’Histoire de la peinture, et lui fit une visite. Beyle la rendit exactement, comme on peut le croire, et reçut l’invitation de venir passer la soirée chez M. de Tracy, le jour où son salon était ouvert. Il y fut d’une assiduité fort méritoire, à raison de son inconstance. C’est au sein de cette haute faculté où la bonne compagnie, par excellence, disposait des réputations et les faisait accepter au public, que Beyle prit ses grades, comme on pourrait dire. Chez M. de Tracy il rencontrait habituellement le général Lafayette, le comte de Ségur l’ancien ambassadeur auprès de Catherine, Benjamin Constant, et une foule d’autres notabilités, parmi lesquelles on pouvait distinguer des femmes de mérite.

De 1821 à 1830, Beyle résida à Paris, tout en faisant assez fréquemment de petites excursions en France, en Italie, en Angleterre. Il vit Londres pour la seconde fois dans l’automne de 1821 ; son séjour ne s’y prolongea pas au delà de trois semaines. Le but principal de ce voyage était d’y chercher quelque distraction à un chagrin profond ; mais ce fut en vain, car Beyle écrivait, deux ans plus tard, que cet effort pour oublier avait été sans résultat.

L’aspect brumeux de la Tamise, malgré ses innombrables voiles et son immense mouvement industriel, ne lui plut guère ; tout lui parut bien prosaïque dans le séjour de ces marchands affairés. Cependant certains rapprochements que Beyle put faire alors entre la situation politique de la France et celle de l’Angleterre, ainsi qu’entre le jeu de leurs institutions gouvernementales, donnèrent quelque avantage à celle-ci dans son esprit. Par la suite, ses idées à cet égard se modifièrent, et son estime ne s’adressa plus qu’aux hommes de

  1. Mort à Paris le 9 mars 1836.