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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/43

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Le 3 août 1810, Beyle fut compris comme auditeur de première classe dans la promotion des trois cents auditeurs au conseil d’État que fit l’Empereur. Ayant été employé sous les ordres de M. Daru, dans les campagnes d’Iéna et de Wagram, il fut attaché à la section de la guerre du conseil d’État.

Le 22 août (1810), Napoléon institua deux inspecteurs de la comptabilité du mobilier et des bâtiments de la couronne. Sur la présentation de M. le comte Daru, intendant général de sa maison, l’Empereur nomma à ces deux emplois MM. Beyle et Lecoulteux de Canteleu, également auditeur. Beyle fut, en outre, chargé, à la liste civile, de la direction du bureau de la Hollande. C’est de cette époque que datèrent ses relations avec le duc de Frioul, le sage, honnête et fidèle Duroc, grand maréchal du palais.

La place d’inspecteur du mobilier de la couronne réunissait pour Beyle l’agréable à l’utile ; ses divers émoluments ou revenus pouvaient s’élever annuellement à 12,000 francs. Cela ne suffisait peut-être pas entièrement à tous ses besoins ; mais le déficit ne pouvait plus donner de sérieuses inquiétudes. Quant à ses relations de société, elles avaient beaucoup grandi par le seul fait de ses fonctions d’inspecteur du mobilier de la couronne, qui donnaient entrée à la cour.

Le dimanche, 16 décembre 1810, après la messe, Beyle fut présenté à Marie-Louise, au château des Tuileries, par la belle duchesse de Montebello, dame d’honneur de l’impératrice.

À voir cette vie si remplie, cette existence partagée entre tant d’émotions diverses et offrant une si grande variété de séductions, pour un jeune homme au sang chaud et à la tête ardente, on croira que tout entier au présent, il ne songe guère à l’avenir ! Eh bien, Beyle, au milieu de cette année 1810, qui avait pour lui un intérêt particulier, par les emplois qu’il obtint, faisait des dispositions pour que la petite fortune qu’il laisserait en cas de mort, fût employée à la fondation d’un prix littéraire ! Et, chose bien singulière, au moment où la puissance de Napoléon était à son apogée, c’est en Angleterre ou en Amérique qu’il prescrivait de placer les fonds auxquels il donnait cette destination ! L’injonction est formelle, dans l’instruction laissée à ses amis, pour cet objet spécial.