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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/39

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Say, J. J. Rousseau, étaient ses lectures favorites, l’objet de ses méditations habituelles.

Il lisait beaucoup aussi les tragédies d’Alfieri, s’efforçant d’y trouver du plaisir. Sa vie retirée et studieuse lui donnait l’aspect et les allures d’un Espagnol exalté.

Sur son modeste revenu de 5 francs par jour, il prélevait le prix de leçons d’anglais et d’escrime. Le bon père Yéki, dont la qualité de prêtre irlandais protégeait le séjour à Paris, lui enseignait la langue anglaise, dans laquelle il ne faisait pas de rapides progrès, quoique déjà plein d’enthousiasme pour l’auteur d’Hamlet.

C’était dans la salle de l’élégant Fabien, qu’il allait faire des armes avec plusieurs jeunes Dauphinois de ses amis ; il avait peu de dispositions pour cet exercice ; le sombre Renouvier, prévôt de la salle de Fabien, le lui faisait comprendre poliment.

Parmi les rêveries littéraires qui fourmillaient dans le cerveau de Beyle, il en est une qui décèle bien de l’audace. Le célèbre feuilletoniste Geoffroy, chargé de la critique dramatique dans le Journal des Débats, exerçait un grand empire sur l’opinion publique. Cet homme de talent s’était déclaré ennemi de la philosophie du dix-huitième siècle, et de Voltaire en particulier. Le grand tragique Talma était également, de sa part, l’objet des plus haineuses attaques.

Beyle résolut de combattre ce redoutable Geoffroy. Cette espérance le porta à composer une comédie en un acte et en prose, dont il s’occupa beaucoup de 1804 à 1816. Il se flattait d’un succès au Théâtre-Français, pensait que sa comédie pourrait arriver à la centième représentation, et qu’elle serait peut-être le meilleur ouvrage, de semblable étendue, depuis Molière ! La pièce aurait d’abord été représentée sans nommer l’auteur ; il se serait fait connaître au cas où sa vogue aurait égalé celle qu’eurent dans le temps les Précieuses ridicules.

Cette composition fut d’abord intitulée :

Le Bon parti.

Plus tard, elle reçut cet autre titre :