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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/36

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La Lombardie échappait miraculeusement à son plus grand danger : celui de retomber sous le joug de l’Autriche. La France, fière du puissant génie auquel elle était redevable de toutes les gloires, voyait encore bénir son nom par les peuples qui, sous sa puissante égide, secouaient l’oppression, naissaient à la liberté !

Au milieu de cet immense mouvement des esprits Beyle jouissait du présent sans se préoccuper de l’avenir. Cependant l’armée française prend des positions ; tout annonce un engagement prochain, sérieux et où le destin de l’Italie du Nord sera fixé. Beyle suit le quartier général ; et le 14 juin, il assiste, en amateur, à la bataille de Marengo.

Le 18 juin, le premier consul rentre à Milan, au milieu d’une population ivre de joie ; jamais, peut-être, le triomphe d’un général victorieux ne fut entouré d’un bonheur aussi universel.

Bonaparte déclara le rétablissement de la république cisalpine, et prescrivit diverses mesures touchant l’organisation des pouvoirs ; il nomma M. Pétiet, ancien ministre de la guerre, gouverneur de la Lombardie, avec le titre de ministre extraordinaire.

Beyle entra dans les bureaux de M. Pétiet, sur la recommandation de M. Daru, alors inspecteur aux revues, attaché à l’armée d’Italie. Ce genre d’occupations avait, entre autres, l’avantage de lui permettre de voir Milan et de parcourir ses environs. Pendant trois mois, il donna à ce double plaisir tous les instants qu’il pouvait dérober aux travaux du bureau. Une de ses premières excursions eut pour objet les îles Borromées ; il les visita en compagnie du fils du général Mêlas ; ce jeune homme profitait de l’armistice signé entre le premier consul et son père, le 15 juin, le lendemain même de la bataille de Marengo, pour voir ce que la Lombardie offre de plus curieux.

Beyle fut ravi des magnificences de l’admirable pays qu’on parcourt de Milan à Laveno, en passant par Como et Varèse. Il m’écrivit une longue lettre descriptive de cette délicieuse promenade, au milieu de toutes les séductions que la nature peut réunir ; sa jeune imagination s’essayait déjà d’une ma-