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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/29

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de l’artillerie. Tous les jeunes Dauphinois brûlaient de marcher sur ses glorieuses traces, et aspiraient à l’école polytechnique. C’était d’ailleurs pour Beyle, en particulier, le moyen d’arriver à sa complète émancipation, de voir Paris !

Ses professeurs, ses condisciples eux-mêmes, le désignaient comme le plus fort élève ; cette supériorité bien constatée lui conquit le consentement de ses parents. Malgré toute leur répugnance pour les carrières dépendantes du gouvernement d’alors, ils cédèrent à l’entraînement universel : Beyle obtint donc la permission de se présenter comme candidat à l’école polytechnique. Une maladie assez grave, provenant d’excès de travail, retarda son départ de trois semaines. Enfin, sa santé à peu près rétablie, nous nous embrassâmes en pleurant, car c’était notre première séparation, et il partit pour Paris, où tout allait si mal, en 1799, que l’examinateur Louis Monge ne reçut pas même l’ordre de se rendre à Grenoble ; les candidats à l’école polytechnique subirent tous leur examen à l’école même. Beyle arriva à Paris, le 10 novembre 1799, juste le lendemain du 18 brumaire an VIII.

Le portefeuille du jeune voyageur contenait quelques lettres de recommandation ; ses parents lui en avaient remis, entre autres, pour la famille Daru, à laquelle ils étaient alliés.

Les premiers moments du séjour de Beyle à Paris furent donnés aux mille émotions résultant du seul aspect des lieux. Cette grande ville se livrait alors à son enthousiasme pour le héros qui, de sa puissante main, venait de saisir les rênes de l’État. On se figure ce que ce fracas populaire et national dut produire sur l’esprit d’un écolier, dont l’horizon ne s’était jamais étendu au delà des remparts d’une ville de vingt-cinq mille âmes.

Tout cependant ne fut pas bonheur à son début. Logé dans la rue du Bac, il y tomba bientôt malade : c’était une sorte d’hydropisie de poitrine, accompagnée de délire. M. Daru le père lui amena, dans sa petite chambre, le docteur Portal, dont la figure effraya le malade.

Immédiatement après son rétablissement, Beyle alla loger rue de Lille, dans la maison de M. Daru, laquelle avait appartenu à Condorcet. On lui donna un cabinet ayant vue sur