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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/284

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XXXI


If he be turn’d to earth, let me but give him one hearty kiss, and you shall put us both into one coffin.
Webster.


Octave était tenu à un grand nombre de démarches nécessaires auprès de grands-parents qu’il savait désapprouver extrêmement son mariage. Dans des circonstances ordinaires, rien n’eût été plus pénible pour lui. Il fût sorti malheureux et presque dégoûté du bonheur, des hôtels de ses illustres parents. À son grand étonnement, il observa, en remplissant ces devoirs, que rien ne lui était pénible ; c’est que rien ne lui inspirait plus d’intérêt. Il était mort au monde.

Depuis l’inconstance d’Armance, les hommes étaient pour lui des êtres d’une espèce étrangère. Rien ne pouvait l’émouvoir, pas plus les malheurs de la vertu que la prospérité du crime. Une voix secrète lui disait : ces malheureux le sont moins que toi.

Octave s’acquitta avec une indifférence admirable de ce que la civilisation moderne a entassé de démarches sottes pour gâter un beau jour. Le mariage se fit.

Profitant d’un usage qui commence à s’établir, Octave partit aussitôt avec Armance pour la terre de Malivert, située en Dauphiné ; et dans le fait il la conduisit à Marseille. Là il lui apprit qu’il avait fait vœu d’aller montrer en Grèce que malgré son dégoût pour les manières militaires, il pouvait manier une épée. Armance était si heureuse depuis son mariage, qu’elle consentit sans désespoir à cette séparation momentanée. Octave lui-même, ne pouvant se dissimuler le bonheur