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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/282

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matin presque, il avait besoin à son réveil de s’apprendre son malheur. Il y avait un moment cruel. Mais bientôt l’idée de la mort venait le consoler et rendre le calme à son cœur.

Toutefois, vers la fin de cet intervalle de dix jours, l’extrême tendresse d’Armance lui donna quelques moments de faiblesse. Dans leurs promenades solitaires, se croyant autorisée par leur mariage si prochain, Armance se permit une ou deux fois de prendre la main d’Octave qu’il avait fort belle, et de la porter à ses lèvres. Ce redoublement de soins tendres qu’Octave remarqua fort bien et auquel, malgré lui, il était extrêmement sensible, rendit souvent vive et poignante une douleur qu’il croyait avoir surmontée.

Il se figurait ce qu’eussent été ces caresses venant d’un être qui l’eût véritablement aimé, venant d’Armance, telle que d’après son propre aveu, dans la lettre fatale à Méry de Tersan, elle était encore deux mois auparavant. Et mon peu d’amabilité et de gaieté a pu faire cesser son amour, se disait Octave avec amertume. Hélas ! c’était l’art de me faire bien venir dans le monde qu’il fallait apprendre au lieu de me livrer à tant de vaines sciences ! À quoi m’ont-elles servi ? À quoi m’ont servi mes succès auprès de madame d’Aumale ? elle m’eût aimé si je l’eusse voulu. Je n’étais pas fait pour plaire à ce que je respecte. Apparemment qu’une timidité malheureuse me rend triste, peu aimable, quand je désire passionnément de plaire.

Armance m’a toujours fait peur. Je ne l’ai jamais approchée sans sentir que je paraissais devant le maître de ma destinée. Il aurait fallu demander à l’expérience et à ce que je voyais se passer dans le monde, des idées plus justes sur l’effet que produit un homme aimable qui veut intéresser une jeune fille de vingt ans…

Mais tout cela est inutile désormais, disait Octave en sou-