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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/280

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Ce fut dans ces sentiments qu’Octave entra chez sa mère où il trouva Armance qui parlait de lui et songeait à son prochain retour ; bientôt elle fut aussi pâle et presque aussi malheureuse que lui, et cependant il venait de dire à sa mère qu’il ne pouvait supporter les délais qui retardaient son mariage. Bien des gens voudraient troubler mon bonheur, avait-il ajouté ; j’en ai la certitude. Quel besoin avons-nous de tant de préparatifs ? Armance est plus riche que moi, et il n’est pas probable que des robes ou des bijoux lui manquent jamais. J’ose espérer qu’avant la fin de la seconde année de notre union elle sera gaie, heureuse, jouissant de tous les plaisirs de Paris, et qu’elle ne se repentira jamais de la démarche qu’elle va faire. Je pense que jamais elle ne sera claquemurée à la campagne dans quelque vieux château.

Il y avait quelque chose de si étrange dans le son des paroles d’Octave, et de si peu d’accord avec le vœu qu’elles exprimaient, que presque en même temps Armance et madame de Malivert sentirent leurs yeux se remplir de larmes. Armance eut à peine la force de répondre : ah ! cher ami, que vous êtes cruel !

Fort mécontent de ne pas savoir jouer le bonheur, Octave sortit brusquement. La résolution de terminer son mariage par la mort donnait à ses manières quelque chose de sec et de cruel.

Après avoir pleuré avec Armance de ce qu’elle appelait la folie de son fils, madame de Malivert conclut que la solitude ne valait rien à un caractère naturellement sombre. L’aimes-tu toujours malgré ce défaut dont il est le premier à souffrir ? dit madame de Malivert ; consulte ton cœur, ma fille, je ne veux pas te rendre malheureuse, tout peut se rompre encore. — Ah ! maman, je crois que je l’aime encore davantage depuis que je ne le crois plus si parfait. — Hé bien, ma petite, reprit madame de Malivert, je ferai ton mariage dans huit