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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/278

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timent qui les unissait. Octave ne doutait pas qu’elle n’eût pour lui une passion violente. En arrivant à Andilly il sauta de son cheval, courut au jardin et en cachant sa lettre sous quelques feuilles dans le coin de la caisse d’oranger, il en trouva une d’Armance.


XXX


Il s’enfonça rapidement sous une allée de tilleuls pour pouvoir la lire sans être interrompu. Il vit par les premières ligues que cette lettre était écrite pour mademoiselle Méry de Tersan (c’était la lettre composée par le commandeur). Mais les premières lignes l’avaient tellement inquiété qu’il continua et lut : « Je ne sais comment répondre à tes reproches. Tu as raison, ma bonne amie, je suis folle de me plaindre. Cet arrangement est sous tous les rapports bien au-dessus de ce que pouvait espérer une pauvre fille riche de la veille, et sans famille pour l’établir et la protéger. C’est un homme d’esprit et de la plus haute vertu : peut-être en a-t-il trop pour moi. Te l’avouerai-je ? les temps sont bien changés ; ce qui eût comblé ma félicité il y a quelques mois n’est plus qu’un devoir ; le ciel m’a-t-il refusé la faculté d’aimer constamment ? Je termine un arrangement raisonnable et avantageux, je me le dis sans cesse, mais mon cœur n’éprouve plus ces doux transports que me donnait la vue de l’homme le plus parfait qui à mes yeux existât sur la terre, du seul être qui méritât d’être aimé. Je vois aujourd’hui que son humeur est inégale, ou plutôt pourquoi l’accuser ? Il n’a pas changé lui ; tout mon malheur c’est qu’il y ait de