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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/267

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dame de Malivert, Armance lui dit un jour : Votre tristesse a quelque chose de si extraordinaire, que moi, qui vous aime uniquement au monde, j’ai eu besoin de prendre conseil d’une amie, avant d’oser vous parler comme je vais le faire. Vous étiez plus heureux avant cette nuit cruelle où je fus si imprudente, et je n’ai pas besoin de vous dire que tout mon bonheur a disparu bien plus rapidement que le vôtre. J’ai une proposition à vous faire : revenons à un état parfaitement heureux et à cette douce intimité qui a fait le charme de ma vie, depuis que j’ai su que vous m’aimiez, jusqu’à cette fatale idée de mariage. Je prendrai sur moi toute la bizarrerie du changement. Je dirai au monde que j’ai fait vœu de ne jamais me marier. On blâmera cette idée, elle nuira à l’opinion que quelques amis veulent bien avoir de moi ; que m’importe ? l’opinion après tout n’est importante pour une fille riche qu’autant qu’elle songe à se marier ; or, certainement jamais je ne me marierai. Pour toute réponse, Octave lui prit la main, et d’abondantes larmes s’échappèrent de ses yeux. Ô mon cher ange, lui dit-il, combien vous valez mieux que moi ! La vue de ces larmes chez un homme peu sujet à une telle faiblesse, et ce mot si simple déconcertèrent toute la résolution d’Armance.

Enfin elle lui dit avec effort : Répondez-moi, mon ami. Acceptez une proposition qui va me rendre le bonheur. Nous n’en passerons pas moins notre vie ensemble. Elle vit un domestique s’avancer. Le déjeuner va sonner, ajouta-t-elle avec trouble, monsieur votre père arrivera de Paris, ensuite je ne pourrai plus vous parler, et si je ne vous parle pas, je serai malheureuse et agitée encore toute cette journée, car je douterai un peu de vous. — Vous ! douter de moi ! dit Octave avec un regard qui pour un instant dissipa toutes les craintes d’Armance.

Après quelques minutes de promenade silencieuse : Non,