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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/264

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pardonnait pas ses allusions à la bravoure russe déployée devant les murs d’Ismaïloff, tandis que les chevaliers de Malte, ennemis jurés des Turcs, se reposaient sur leur rocher. Le commandeur eût oublié une épigramme qu’il avait provoquée ; mais le fait est qu’il y avait de l’argent au fond de toute cette colère contre Armance. La tête assez faible du commandeur était absolument tournée de l’idée de faire une grande fortune à la Bourse. Comme chez toutes les âmes communes, vers les cinquante ans, l’intérêt qu’il prenait aux choses de ce monde s’était anéanti, et l’ennui avait paru ; comme de coutume encore, le commandeur avait voulu être successivement homme de lettres, intrigant politique et dilettante de l’opéra italien. Je ne sais quel malentendu l’avait empêché d’être jésuite de robe courte.

Enfin le jeu de la Bourse avait paru et s’était trouvé un souverain remède à un immense ennui. Mais pour jouer à la Bourse il ne lui manquait que des fonds et du crédit. L’indemnité s’était présentée fort à propos, et le commandeur avait juré qu’il dirigerait facilement son neveu qui n’était qu’un philosophe. Il comptait fermement porter à la Bourse une bonne part de ce qu’Octave recevrait pour l’indemnité de sa mère.

Au plus beau de sa passion pour les millions, Armance s’était présentée au commandeur comme un obstacle invincible. Maintenant son admission dans la famille anéantissait à jamais son crédit sur son neveu et ses châteaux en Espagne. Le commandeur ne perdait pas son temps à Paris, et allait ameutant contre le mariage de son neveu chez madame la duchesse de C***, protectrice de la famille, madame la duchesse d’Ancre, madame de la Ronze, madame de Claix avec lesquelles il passait sa vie. L’inconvenance de cette alliance fut bientôt décidée par tous les amis de la famille.

En moins de huit jours le mariage du jeune vicomte fut