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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/246

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Madame de Bonnivet n’avait pas manqué d’envoyer aux exercices pieux de son beau-fils ceux de ses gens dont elle était sûre. Elle fut bien étonnée d’apprendre qu’il distribuait de l’argent aux domestiques qui venaient lui confier en particulier qu’ils éprouvaient des besoins.

La promotion dans l’ordre du Saint-Esprit paraissant différée, madame de Bonnivet annonça que son architecte lui mandait de Poitou qu’il avait réussi à rassembler un nombre suffisant d’ouvriers. Elle se prépara au voyage ainsi qu’Armance. Elle ne fut que médiocrement satisfaite du projet qu’annonça le chevalier de l’accompagner à Bonnivet, afin de revoir, disait-il, l’antique château, berceau de sa famille.

Le chevalier vit bien que sa présence contrariait sa belle-mère ; ce fut une raison de plus pour lui de l’accompagner dans ce voyage. Il espérait faire valoir auprès d’Armance le souvenir de la gloire de ses aïeux ; car il avait remarqué qu’Armance était l’amie du vicomte de Malivert, et il voulait la lui enlever. Ces projets, médités de longue main, ne parurent qu’au moment de l’exécution.

Aussi heureux avec les jeunes gens qu’auprès de la partie grave de la société, avant de quitter Andilly, le chevalier de Bonnivet avait eu l’art d’inspirer beaucoup de jalousie à Octave. Après le départ d’Armance, Octave alla jusqu’à penser que ce chevalier de Bonnivet, qui affichait pour elle une estime et un respect sans bornes, pourrait bien être cet époux mystérieux que lui avait trouvé un ancien ami de sa mère.

En se quittant, Armance et son cousin étaient tous les deux tourmentés par de sombres soupçons. Armance sentait qu’elle laissait Octave auprès de madame d’Aumale ; mais elle ne crut pas pouvoir se permettre de lui écrire.

Durant cette absence cruelle, Octave ne put qu’adresser à madame de Bonnivet deux ou trois lettres fort jolies ; mais d’un ton singulier. Si un homme étranger à cette société les