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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/235

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Elle fut telle, cette solitude, que la marquise fut obligée de prendre des chambres dans le petit village à mi-côte pour loger ses amis qui accouraient en foule. Elle y faisait mettre des papiers et des lits. Bientôt la moitié du village fut embellie par ses ordres et occupée. On se disputait les logements, on lui écrivait de tous les châteaux des environs de Paris pour solliciter une chambre. Il devint convenable de venir tenir compagnie à cette admirable marquise qui soignait cette pauvre madame de Malivert, et Andilly fut brillant pendant le mois de septembre comme un village d’eaux. Il fut question de cette mode même à la cour. Si nous avions vingt femmes d’esprit comme madame de Bonnivet, dit quelqu’un, on pourrait risquer d’aller habiter Versailles. Et le cordon bleu de M. de Bonnivet parut assuré.

Jamais Octave n’avait été aussi heureux. La duchesse d’Ancre trouvait ce bonheur bien naturel. Octave, disait-elle, peut se croire en quelque sorte le centre de tout ce mouvement d’Andilly : le matin chacun envoie chercher des nouvelles de sa santé ; quoi de plus flatteur à son âge ! Ce petit homme est bien heureux, ajoutait la duchesse, il va être connu de tout Paris, et son impertinence en sera augmentée de moitié. Ce n’était pas là précisément la cause du bonheur d’Octave.

Il voyait parfaitement heureuse cette mère chérie à laquelle il venait de causer tant d’inquiétudes. Elle jouissait de la manière brillante dont son fils débutait dans le monde. Depuis ses succès, elle commençait à ne plus se dissimuler que son genre de mérite avait trop de singularité, et se trouvait trop peu copie des mérites connus, pour ne pas avoir besoin d’être soutenu par la toute-puissante influence de la mode. Privé de ce secours, il eût passé inaperçu.

Un des grands bonheurs de madame de Malivert à cette époque fut un entretien qu’elle eut avec le fameux prince