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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/227

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Le saisissement d’Armance l’empêcha de répondre ; les larmes inondèrent ses yeux, et, chose étrange, ces larmes étaient de bonheur. — L’amitié la plus dévouée et la plus tendre, lui dit-elle enfin, attache ma destinée à la vôtre. — J’entends, reprit Octave, je suis doublement heureux de mourir. Vous m’accordez votre amitié, mais votre cœur appartient à un autre, à cet homme heureux qui a reçu la promesse de votre main.

L’accent d’Octave était trop plein de malheur ; Armance n’eut pas le courage de l’affliger en ce moment suprême. — Non, mon cher cousin, lui dit-elle, je ne puis avoir pour vous que de l’amitié ; mais personne sur la terre ne m’est plus cher que vous ne l’êtes. — Et le mariage dont vous m’aviez parlé, dit Octave ? — Je ne me suis permis dans toute ma vie que ce seul mensonge, et je vous supplie de me le pardonner. Je n’ai vu que ce moyen de résister à un projet qu’avait inspiré à madame de Malivert l’excès de sa prévention pour moi. Jamais je ne serai sa fille, mais jamais je n’aimerai personne plus que je ne vous aime ; c’est à vous, mon cousin, de voir si vous voulez de mon amitié à ce prix. — Si je devais vivre, je serais heureux. — J’ai encore une condition à faire, ajouta Armance. Pour que j’ose goûter sans contrainte le bonheur d’être parfaitement sincère avec vous, promettez-moi que si le ciel nous accorde votre guérison, jamais il ne sera question de mariage entre nous. — Quelle étrange condition ! dit Octave. Voudriez-vous encore me jurer que vous n’avez d’amour pour personne ? — Je vous jure, reprit Armance les larmes aux yeux, que de ma vie je n’ai aimé qu’Octave, et qu’il est de bien loin ce que je chéris le plus au monde ; mais je ne puis avoir pour lui que de l’amitié, ajouta-t-elle en rougissant beaucoup du mot qui venait de lui échapper, et jamais je ne pourrai lui accorder ma confiance, s’il ne me donne sa parole d’honneur que quoi qu’il puisse ar-