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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/214

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XXI


Durate, et vosmet rebus servate secundis.
Virgile.


Octave entra au Théâtre Italien ; il y trouva en effet madame d’Aumale et dans sa loge un marquis de Crêveroche ; c’était un des fats qui obsédaient le plus cette femme aimable ; mais avec moins d’esprit ou plus de suffisance que les autres, il se croyait distingué. À peine Octave parut-il, que madame d’Aumale ne vit plus que lui, et le marquis de Crêveroche, outré de dépit, sortit sans que son départ fût même remarqué.

Octave s’établit sur le devant de la loge, et, par habitude prise, car, ce jour-là, il était loin de chercher à affecter quoi que ce soit, il se mit à parler à madame d’Aumale d’une voix qui quelquefois couvrait celle des acteurs. Nous avouerons qu’il outre-passa un peu le degré d’impertinence toléré, et si le parterre du Théâtre Italien eût été composé comme celui des autres spectacles, il eût eu la distraction d’une scène publique.

Au milieu du second acte d’Otello, le petit commissionnaire qui vend les libretti d’opéra et les annonce d’une voix nasillarde, vint lui apporter le billet suivant :

« J’ai naturellement, Monsieur, assez de mépris pour toutes les affectations ; on en voit tant dans le monde, que je ne m’en occupe que lorsqu’elles me gênent. Vous me gênez par le tapage que vous faites avec la petite d’Aumale. Taisez-vous.

» J’ai l’honneur d’être, etc.

» Le marquis de Crêveroche. »
Rue de Verneuil, n° 54