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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/213

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Au milieu de ces alternatives douloureuses, Octave était arrivé au soir du second jour depuis qu’il avait quitté Armance ; il sortait de chez son sellier. Tous ses préparatifs allaient enfin être terminés dans la nuit, et dès le lendemain matin il pourrait partir.

Devait-il retourner à Andilly ? Telle était la question qu’il agitait avec lui-même. Il voyait avec horreur qu’il n’aimait plus sa mère, car elle n’entrait pour rien dans les raisons qu’il se donnait pour revoir Andilly. Il redoutait la vue de mademoiselle de Zohiloff, et d’autant plus que dans de certains moments il se disait : Mais toute ma conduite n’est-elle pas une duperie ?

Il n’osait se répondre : oui, mais alors le parti de la tentation disait : N’est-ce pas un devoir sacré de revoir ma pauvre mère à qui je l’ai promis ? — Non, malheureux, s’écriait la conscience ; cette réponse n’est qu’un subterfuge, tu n’aimes plus ta mère.

Dans ce moment d’angoisses ses yeux s’arrêtèrent machinalement sur une affiche de spectacle, il y vit le mot Otello écrit en fort gros caractères. Ce mot lui rappela l’existence de madame d’Aumale. Peut-être sera-t-elle venue à Paris pour Otello ; en ce cas, il est de mon devoir de lui parler encore une fois. Il faut lui faire envisager mon voyage si subit comme l’idée d’un homme qui s’ennuie. J’ai longtemps dérobé ce projet à mes amis ; mais depuis plusieurs mois mon départ n’était retardé que par ces sortes de difficultés d’argent dont on ne peut parler à des amis riches.