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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/209

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L’idée de se faire prêtre qu’il a eue autrefois, avant les succès d’une partie du clergé, a peut-être fait tenir sur son compte quelque propos récent. Peut-être croit-il plus digne de son nom d’aller montrer en Grèce qu’il n’a pas dégénéré de ses ancêtres que de chercher à Paris quelque affaire obscure dont le motif serait toujours pénible à expliquer et pourrait faire tache ?

Il ne me l’a pas dit, parce que ces sortes de choses ne se racontent pas à une femme. Il a craint que l’habitude de confiance qu’il a pour moi ne le portât à me l’avouer ; de là la dureté de ses paroles. Il ne voulait pas être entraîné à me faire quelque confidence peu convenable…

C’est ainsi que l’imagination d’Armance s’égarait dans des suppositions consolantes, puisqu’elles lui peignaient Octave innocent et généreux. Ce n’est que par excès de vertu, se disait-elle, les larmes aux veux, qu’une telle âme peut avoir l’apparence d’un tort.


XX


A fine woman ! a fair woman ! a sweet woman !
— Nay, you must forget that.
— O, the world has not a sweeter creature.

Othello, act. IV.


Pendant qu’Armance se promenait seule dans une partie du bois d’Andilly inaccessible à tous les yeux, Octave était à Paris occupé des préparatifs de son départ. Il éprouvait des alternatives d’une sorte de tranquillité étonnée d’elle-même,