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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/208

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de ne se voir aucun tort, lorsque tout à coup une ancienne idée se réveilla.

Octave n’avait-il point éprouvé une rechute de cette fureur qui autrefois l’avait porté à plusieurs violences singulières ? Ce souvenir, quoique fort pénible d’abord, fut un trait de lumière. Armance était si malheureuse, que tous les raisonnements qu’elle put faire lui prouvèrent bientôt que cette explication était la plus probable. Ne pas voir Octave injuste, quelle que pût être son excuse, était pour elle une extrême consolation.

Quant à sa folie, s’il était fou, elle ne l’en aimait qu’avec plus de passion. Il aura besoin de tout mon dévouement, et jamais ce dévouement ne lui manquera, ajoutait-elle les larmes aux yeux, et son cœur palpitait de générosité et de courage. Peut-être en ce moment Octave s’exagère-t-il l’obligation où se trouve un jeune gentilhomme qui n’a encore rien fait, d’aller au secours de la Grèce. Son père ne voulait-il pas, il y a quelques années, lui faire prendre la croix de Malte ? Plusieurs membres de sa famille ont été chevaliers de Malte. Peut-être, comme il hérite de leur illustration, se croit-il obligé à tenir les serments qu’ils ont faits de combattre les Turcs ?

Armance se souvint qu’Octave lui avait dit le jour où l’on apprit la prise de Missolonghi : « Je ne conçois pas la belle tranquillité de mon oncle le commandeur, lui qui a fait des serments et qui, avant la révolution, touchait les fruits d’un bénéfice considérable. Et nous voulons être respectés du parti industriel ! »

À force de songer à cette manière consolante d’expliquer la conduite de son cousin, Armance se dit : Peut-être quelque motif personnel est-il venu se joindre à cette obligation générale par laquelle il est fort possible que l’âme noble d’Octave se croie liée ?