Ouvrir le menu principal

Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/205

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



XIX


He unworthy you say ?
’Tis impossible. It would
Be more easy to die.

Deckar.


Octave crut remarquer que mademoiselle de Zohiloff le regardait quelquefois avec assez de tranquillité. En dépit de sa farouche vertu, qui lui défendait hautement de songer à des rapports qui n’existaient plus, il ne put s’empêcher de penser que c’était la première fois qu’il la revoyait depuis qu’il s’était avoué qu’il l’aimait ; le matin, dans le jardin, il était troublé par la nécessité d’agir. C’est donc là, se disait-il, l’impression que fait la vue d’une femme qu’on aime. Mais il est possible qu’Armance n’ait pour moi que de l’amitié. Cette nuit, c’était encore un mouvement de présomption qui me faisait penser le contraire.

Durant ce pénible déjeuner, on ne dit pas un mot du sujet qui occupait tous les cœurs. Pendant qu’Octave était chez son père, madame de Malivert avait fait appeler Armance pour lui apprendre l’étrange projet de voyage. Cette pauvre fille avait besoin de sincérité ; elle ne put s’empêcher de dire à madame de Malivert : Eh bien, maman, vous voyez si vos idées étaient fondées !

Ces deux aimables femmes étaient plongées dans la plus amère douleur. Quelle est la cause de ce départ ? répétait madame de Malivert, car ce ne peut être un trait de folie, tu l’en as guéri. Il fut convenu qu’on ne parlerait à personne du voyage d’Octave, pas même à madame de Bonnivet. Il ne fallait pas le lier à son projet, et peut-être, disait madame de