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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/204

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main tremblante, il écrivit un bon d’une somme assez forte sur un notaire qui avait des fonds à lui. Prends, dit-il à Octave, et plaise à Dieu que ce ne soit pas le dernier argent que je te donne !

Le déjeuner sonna. Heureusement mesdames d’Aumale et de Bonnivet se trouvaient à Paris ; et cette triste famille ne fut pas obligée de cacher sa douleur par de vaines paroles.

Octave, un peu fortifié par la conscience d’avoir fait son devoir, se sentit le courage de continuer ; il avait eu l’idée de partir avant le déjeuner ; il pensa qu’il était mieux d’agir exactement comme à l’ordinaire. Les domestiques pouvaient parler. Il se plaça à la petite table du déjeuner, vis-à-vis d’Armance.

C’est pour la dernière fois de ma vie que je la vois, se dit-il. Armance eut le bonheur de se brûler d’une manière assez douloureuse en faisant le thé. Ce hasard aurait servi d’excuse à son trouble, si quelqu’un dans cette petite salle se fût trouvé assez de sang-froid pour le remarquer. M. de Malivert avait la voix tremblante ; pour la première fois de sa vie, il ne trouvait rien d’agréable à dire. Il cherchait si quelque prétexte compatible avec le grand mot Noblesse oblige ! que son fils lui avait cité si à propos, ne pourrait point lui fournir le moyen de retarder ce départ.