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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/202

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journée, ce fut qu’il n’irait pas en Amérique. Le but du voyage était égal à Octave, il n’avait songé qu’à la douleur du départ.

En parlant à sa mère, comme il s’efforçait, pour ne pas l’effrayer, d’avoir des idées plus modérées, une raison plausible lui vint tout à coup : — Chère maman, un homme qui porte le nom de Malivert et qui ale malheur de n’avoir encore rien fait à vingt ans, doit commencer par aller à la croisade comme nos aïeux. Je te prie de permettre que je passe en Grèce. Si tu l’exiges, je dirai à mon père que je vais à Naples ; là, comme par hasard, la curiosité m’entraînera vers la Grèce, et n’est-il pas naturel qu’un gentilhomme la voie l’épée à la main ? Cette manière d’annoncer mon voyage le dépouillera de tout air de prétention…

Ce projet donna de vives inquiétudes à madame de Malivert ; mais il avait quelque chose de généreux et il était d’accord avec ses idées sur le devoir. Après une conversation de deux heures, qui fut un moment de repos pour Octave, il obtint le consentement de sa mère. Pressé dans les bras de cette tendre amie, il eut pendant un court moment le bonheur de pouvoir pleurer. Il consentit à des conditions qu’il eût refusées en entrant chez elle. Il lui promit que, si elle l’exigeait, douze mois après le jour de son débarquement en Grèce, il viendrait passer quinze jours avec elle.

Mais, chère maman, pour ne pas avoir le désagrément de voir mon voyage dans le journal, consens à recevoir ma visite dans ta terre de Malivert, en Dauphiné. Tout fut arrangé suivant ses désirs, et des larmes de tendresse scellèrent les conditions de ce départ imprévu.

Au sortir de chez sa mère, ayant accompli ses devoirs à l’égard d’Armance, Octave se trouva le sang-froid nécessaire pour entrer chez le marquis. Mon père, dit-il après l’avoir embrassé, permets à ton fils de te faire une question : quelle