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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/198

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— Ah ! j’entends, dit le paysan, comptez que je ne soufflerai mot, il ne sera pas dit que je vous ai fait perdre votre pari. Il est heureux pour vous cependant que je sois passé, car ma foi vous aviez l’air mort. Octave, au lieu de l’écouter, regardait sa bourse. C’était une nouvelle douleur, c’était un présent d’Armance ; il avait du plaisir à sentir sous ses doigts chacune des petites perles d’acier qui étaient attachées au tissu sombre.

Dès que le paysan l’eut quitté, Octave rompit une jeune tige de châtaignier, avec laquelle il fit un trou dans la terre ; il se permit de donner un baiser à la bourse, présent d’Armance, et il l’enterra au lieu même où il s’était évanoui. Voilà, se dit-il, ma première action vertueuse. Adieu, adieu, pour la vie, chère Armance ! Dieu sait si je t’ai aimée !


XVIII


Sur son sein d’albâtre elle porte une croix brillante où l’enfant de Jacob imprimerait ses lèvres avec respect, et que l’infidèle adorerait.
Schiller.


Un mouvement instinctif le précipita vers le château. Il sentait confusément que raisonner avec lui-même était le plus grand des maux ; mais, il avait vu quel était son devoir, et il comptait se trouver le courage nécessaire pour accomplir les actions qui se présenteraient quelles qu’elles fussent. Il justifia son retour au château, que lui inspirait l’horreur de se trouver seul, par l’idée que quelque domestique pou-