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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/191

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marque d’amour, Armance était si troublée en ce moment qu’elle lui eût laissé voir et peut-être avoué tout ce qu’elle sentait pour lui.

Ils se rapprochèrent des autres promeneurs. Octave marchait un peu en avant. À peine madame d’Aumale le revit-elle, qu’elle lui dit d’un petit air boudeur et sans qu’Armance pût l’entendre : Je suis étonnée de vous revoir sitôt, comment avez-vous pu quitter Armance pour moi ? Vous êtes amoureux de cette belle cousine, ne vous en défendez pas, je m’y connais.

Octave n’était pas encore remis de l’ivresse qui venait de s’emparer de lui ; il voyait toujours ce beau bras d’Armance pressé contre sa poitrine. Le mot de madame d’Aumale fut un coup de foudre pour lui, car il portait sa preuve avec lui ; il se sentit frappé.

Cette voix frivole lui sembla comme un arrêt du destin qui tombait d’en haut. Il lui trouva un son extraordinaire. Ce mot imprévu, en découvrant à Octave la véritable situation de son cœur, le précipita du comble de la félicité dans un malheur affreux et sans espoir.