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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/19

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enfants de M. Beyle. On peut se figurer la scène qu’amena cette fatale découverte !

Dès l’âge de dix ans, Henri annonça un tempérament ardent. Ce mouvement des sens, désordonné et purement instinctif, comme chez tous les enfants d’une nature précoce, l’agitait violemment ; il imprimait à tous ses penchants une sorte d’âpreté passionnée qui dominait dans ses études, dans ses plaisirs, partout enfin. Il était en révolte habituelle contre l’obligation de se dompter, de se plier aux usages imposés par la société. Sa vivacité, son entraînement, lui donnaient sans cesse des torts ; il commettait mille étourderies, et ses parents y attachaient beaucoup trop d’importance. De là sans doute, en grande partie, l’éloignement qu’il a pu ressentir pour des membres de sa famille, sans jamais confondre dans son ressentiment ceux dont il pouvait attendre quelque indulgence.

Connaissant la famille de Beyle, ainsi que ses habitudes morales, on peut déjà pressentir l’influence qu’exercèrent sur son caractère des principes et des croyances offrant un tel contraste avec ses goûts, ses penchants, son imagination. Cette compression si forte, si absolue, appliquée avec une extrême sévérité et une inflexible persistance, préparait une explosion violente pour le moment où son action cesserait : la chose était inévitable. D’autre part, cette lutte de tous les instants entre les désirs de l’enfant et les volontés absolues de ses parents imprima une fâcheuse direction aux sentiments de Beyle ; la défiance devint insensiblement une habitude de son esprit ; jamais il n’a pu s’en débarrasser complètement ; la crainte d’être trompé venait trop souvent se mettre en tiers dans ses relations les plus intimes, et leur enlevait ce qu’elles ont de plus doux, la confiance poussée jusqu’à l’abandon. Les conséquences que je déduis de l’éducation de Beyle sur son caractère me semblent naturelles ; le caractère procède presque toujours de circonstances qui remontent jusqu’à nos premières années.

Je place ici une étude sur le caractère dauphinois faite par Beyle ; bien qu’on n’en retrouve pas les traits principaux dans le sien, on la lira sans doute avec plaisir.