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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/189

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vant bientôt avec Armance à quelques pas du reste des promeneurs, il se mit à lui raconter avec les plus grands détails tout l’épisode de sa vie, où madame d’Aumale se trouvait mêlée. J’ai cherché cette liaison brillante, lui dit-il, pour ne pas choquer la prudence de madame de Bonnivet qui, sans cette précaution, aurait bien pu finir par m’éloigner de son intimité. Une chose si tendre fut dite sans parler d’amour.

Quand Armance put espérer que sa voix ne trahirait plus le trouble extrême où ce récit l’avait jetée : Je crois, mon cher cousin, lui dit-elle, je crois, comme je le dois, tout ce que vous me racontez, ce sont pour moi paroles d’Évangile. Je remarque pourtant que jamais vous n’avez attendu, pour me faire confidence d’une de vos démarches, qu’elle fût aussi avancée. — À cela j’ai une réponse toute prête. Mademoiselle Méry de Tersan et vous, vous prenez quelquefois la licence de vous moquer de mes succès : il y a deux mois, par exemple, un certain soir, vous m’avez presque accusé de fatuité. J’aurais bien pu, dès ce temps-là, vous confier le sentiment décidé que j’ai pour madame d’Aumale ; mais il fallait en être bien traité sous vos yeux. Avant le succès, votre esprit malin n’eût pas manqué de se moquer de mes petits projets. Aujourd’hui la seule présence de mademoiselle de Tersan manque à mon bonheur.

Il y avait dans l’accent profond et presque attendri avec lequel Octave disait ces vaines paroles, une si grande impossibilité d’aimer les grâces un peu hasardées de la jolie femme dont il parlait, et un dévouement si passionné pour l’amie à laquelle il se confiait, qu’elle n’eut pas le courage de résister au bonheur de se voir aimée ainsi. Elle s’appuyait sur le bras d’Octave et l’écoutait comme ravie en extase. Tout ce que sa prudence pouvait obtenir d’elle, c’était de ne pas parler ; le son de sa voix eût fait connaître à son cousin toute la passion qu’il inspirait. Le bruissement léger des feuilles, agi-