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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/188

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XVI


Let Rome in Tyber melt ! and the wide arch
Of the rang’d empire fall ! Here is my space,
Kingdoms are clay : our dungy earth alike
Feeds beast as man : the nobleness of life
Is to love thus.

Antony and Cleopatra, act. I.


Un soir, après une journée d’une accablante chaleur, on se promenait lentement dans les jolis bosquets de châtaigniers qui couronnent les hauteurs d’Andilly. Quelquefois de jour, ces bois sont gâtés par la présence des curieux. Dans cette nuit charmante qu’éclairait la lumière tranquille d’une belle lune d’été, ces collines solitaires offraient des aspects enchanteurs. Une brise douce se jouait parmi les arbres, et complétait les charmes de cette soirée délicieuse. Par je ne sais quel caprice, madame d’Aumale voulait, ce jour-là, avoir toujours Octave auprès d’elle ; elle lui rappelait avec complaisance et sans nul ménagement pour les hommes qui l’entouraient, que c’était dans ces bois qu’elle l’avait vu pour là première fois : vous étiez déguisé en magicien, et jamais première entrevue ne fut plus prophétique, ajoutait-elle, car jamais vous ne m’avez ennuyée, et il n’est pas d’homme de qui je puisse en dire autant.

Armance, qui se promenait avec eux, ne pouvait s’empêcher de trouver ces souvenirs fort tendres. Rien n’était aimable comme cette brillante comtesse, ordinairement si gaie, daignant parler d’une voix sérieuse des grands intérêts de la vie et des routes à suivre pour arriver au bonheur. Octave s’éloigna du groupe de madame d’Aumale, et se trou-