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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/182

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me coûterait plusieurs mois de ma vie, qu’il me faudrait passer loin de Paris.

— Quel est ce moyen ? dit Armance, devenue tout à coup fort sérieuse. — J’irais à Londres, j’y verrais naturellement tout ce qu’il y a de distingué dans la haute société. Comment aller en Angleterre et ne pas se faire présenter au marquis de Lansdowne, à M. Brougham, à lord Holland ? Ces messieurs me parleront de nos gens célèbres de France ; ils s’étonneront de ce que je ne les connais pas ; j’en témoignerai beaucoup de regret, et à mon retour, je me ferai présenter à tout ce qu’il y a de populaire en France. Ma démarche, si l’on me fait l’honneur d’en parler chez la duchesse d’Ancre, n’aura point l’air d’une désertion des idées que l’on peut croire inséparables de mon nom : ce serait tout simplement le désir bien naturel de connaître les gens supérieurs du siècle où l’on vit. Je ne me pardonnerai jamais de n’avoir pas vu M. le général Foy. Armance se taisait.

N’est-ce pas une chose humiliante, reprit Octave, que tous nos soutiens, et enfin jusqu’aux écrivains monarchiques chargés de prôner tous les matins dans le journal les avantages de la naissance et de la religion, nous soient fournis par cette classe qui a tous les avantages, excepté la naissance ? — Ah ! si M. de Soubirane vous entendait ! — Ne m’attaquez pas sur le plus grand de mes malheurs, être obligé de mentir toute la journée…

Le ton de l’intimité parfaite tolère des parenthèses à l’infini, qui plaisent parce qu’elles prouvent une confiance sans bornes, mais peuvent fort bien ennuyer un tiers. Il nous suffit d’avoir indiqué que la position brillante du vicomte de Malivert, était bien loin d’être pour lui une source de plaisirs sans mélange.

Ce n’est pas sans danger que nous aurons été historiens fidèles. La politique venant couper un récit aussi simple, peut