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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/181

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serons persécutés par l’opinion. — Vous nous faites bien de l’honneur de nous comparer à ces bons prêtres du paganisme. Je vois quelque chose de plus faux dans notre position, à vous et à moi. Nous ne sommes de ce parti que pour en partager les malheurs. — Il est trop vrai, nous voyons ses ridicules sans oser en rire, et ses avantages nous pèsent. Que me fait l’ancienneté de mon nom ? Il faudrait me gêner pour tirer parti de cet avantage.

— Les discours des jeunes gens de votre espèce vous donnent quelquefois envie de hausser les épaules, et de peur de céder à la tentation, vous vous hâtez de parler du bel album de mademoiselle de Claix ou du chant de madame Pasta. D’un autre côté, votre titre et les manières peut-être un peu raboteuses des gens qui pensent comme vous sur les trois quarts des questions, vous empêchent de les voir.

— Ah ! que je voudrais commander un canon ou une machine à vapeur ! que je serais heureux d’être un chimiste attaché à quelque manufacture ; car peu m’importe la rudesse des manières, on s’y fait en huit jours. — Outre que vous n’êtes point si sûr qu’elles soient si rudes, dit Armance. — Le fussent-elles dix fois plus, reprit Octave, cela a le piquant de jouer la langue étrangère ; mais il faudrait s’appeler M. Martin ou M. Lenoir. — Ne pourriez-vous pas trouver un homme de sens qui eût fait une campagne de découverte dans les salons libéraux ? — Plusieurs de mes amis y vont danser, ils disent que les glaces y sont parfaites, et voilà tout. Un beau jour je me hasarderai moi-même, car rien de sot comme de penser un an de suite à un danger qui peut-être n’existe pas.

Armance finit par obtenir l’aveu qu’il avait songé à un moyen pour paraître dans les sociétés où c’est la richesse qui donne le pas et non la naissance : — Eh bien, oui, je l’ai trouvé, disait Octave ; mais le remède serait pire que le mal, car il