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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/180

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croit regardée. Avouez que pour un philosophe il est beau de fournir des arguments à son adversaire, dit Octave en riant. Croiriez-vous que hier, chez les Saint-Imier, M. le marquis de *** qui, l’autre jour, ici, se moquait tant des petits journaux dont il prétendait ignorer jusqu’à l’existence, était aux anges, parce que l’Aurore donne une plaisanterie sale contre son ennemi, M. le comte de *** qui vient d’être fait conseiller d’État ? Il avait le numéro dans sa poche. — C’est un des malheurs de notre position, voir des sots faire les mensonges les plus ridicules et n’oser leur dire : beau masque, je te connais. — Il faut nous priver des plaisanteries les plus gaies, parce qu’elles pourraient faire rire le parti contraire s’il les entendait.

— Je ne connais les banquiers, dit Armance, que par notre doucereux Montange et par la charmante comédie du Roman ; mais je doute que pour le fond de l’adoration de l’argent, ils l’emportent sur certains des nôtres. Savez-vous qu’il est dur de prendre l’entreprise de la perfection de toute une classe. Je ne vous parlerai plus du plaisir que j’aurais à savoir des nouvelles de ces dames. Mais, comme disait le vieux duc de *** à Pétersbourg, quand il faisait venir le Journal de l’Empire à si grands frais, et au risque de choquer l’empereur Alexandre : Ne faut-il pas lire le Mémoire de sa partie adverse ? — Je vous dirai bien plus, mais avec confidence, comme dit si bien Talma dans Polyeucte : Au fond, vous et moi, nous ne voulons certainement pas vivre avec ces gens-là ; mais sur beaucoup de questions nous pensons comme eux. — Et il est triste à notre âge, reprit Armance, de se résoudre à être toute sa vie du parti battu.

— Nous sommes comme les prêtres des idoles du paganisme, au moment où la religion chrétienne allait l’emporter. Nous persécutons encore aujourd’hui, nous avons encore la police et le budget pour nous, mais demain peut-être, nous