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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/178

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— Mais l’on ne hait pas tant les titres chez les banquiers libéraux, dit Armance. L’autre jour madame de Claix qui va partout, s’est trouvée au bal de M. Montange, et vous savez bien que le soir elle nous a fait rire en prétendant qu’ils aiment tant les titres qu’elle avait entendu annoncer : madame la colonelle.

— Depuis que la machine à vapeur est la reine du monde, un titre est une absurdité, mais enfin je suis affublé de cette absurdité. Elle m’écrasera si je ne la soutiens. Ce titre attire l’attention sur moi. Si je ne réplique pas à cette voix tonnante du fabricant qui crie dès la porte que ce que je viens de dire est une ânerie, quelques regards ne me chercheront-ils pas ? Telle est la faiblesse de mon caractère. Je ne puis secouer les oreilles et me moquer de tout, comme le veut madame d’Aumale.

Si j’aperçois ces regards, tout plaisir va me fuir pour le reste de la soirée. La discussion qui s’établira au dedans de moi, pour savoir si l’on a voulu m’insulter, peut m’ôter la paix de l’âme pour trois jours.

— Mais êtes-vous bien sûr, dit Armance, de cette prétendue grossièreté de manières dont vous gratifiez si généreusement le parti contraire ? N’avez-vous pas vu l’autre jour que les enfants de Talma et les fils d’un duc sont élevés dans le même pensionnat ? — Ce sont les hommes de quarante-cinq ans, enrichis pendant la révolution, qui tiennent le dé dans les salons, et non les camarades des enfants de Talma. — Je gagerais qu’ils ont plus d’esprit que beaucoup des nôtres. Qui est-ce qui brille dans la chambre des Pairs ? L’autre jour vous-même vous en faisiez la remarque douloureuse.

— Ah ! si je donnais encore des leçons de logique à ma

    tort ou à raison on accusât de grossièreté, elle se distinguerait bientôt par une grande pruderie et solennité de manières.