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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/175

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même et des autres, Armance finissait par traiter Octave mieux qu’elle n’aurait voulu. Elle veillait bien sur ses paroles, et jamais ses paroles n’exprimaient autre chose que la plus sainte amitié. Mais le ton dont certains mots étaient dits ! les regards qui quelquefois les accompagnaient ! tout autre qu’Octave eût su y voir l’expression de la passion la plus vive. Il en jouissait sans les comprendre.

Dès qu’il pouvait songer sans cesse à sa cousine, sa pensée ne s’arrêtait plus avec passion sur rien autre au monde. Il redevint juste et même indulgent ; et son bonheur lui fit déserter ses raisonnements sévères sur bien des choses : les sots ne lui semblaient plus que des êtres malheureusement nés.

Est-ce la faute d’un homme s’il a les cheveux noirs ? disait-il à Armance. Mais c’est à moi de fuir soigneusement cet homme, si la couleur de ses cheveux me fait mal.

Octave passait pour méchant dans quelques sociétés, et les sots avaient de lui une peur instinctive ; à cette époque ils se réconcilièrent avec lui. Souvent il portait dans le monde tour le bonheur qu’il devait à sa cousine. On le craignit moins, on trouva son amabilité plus jeune. Il faut avouer que dans toutes ses démarches il y avait un peu de l’enivrement que donne ce genre de bonheur que l’on ne s’avoue pas à soi-même ; la vie coulait pour lui rapidement et avec délices. Ses raisonnements sur lui-même ne portaient plus l’empreinte de cette logique inexorable, dure, et se complaisant dans sa dureté, qui pendant sa première jeunesse avait dirigé toutes ses actions. Prenant souvent la parole sans savoir comment il finirait sa phrase, il parlait beaucoup mieux.