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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/169

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mourrai avec les plus grandes inquiétudes sur l’avenir d’Octave, et sans avoir vu mon fils uni à la femme que, de ma vie, j’ai le plus estimée.

Ces assurances de l’amour d’Octave étaient déchirantes pour Armance. Madame de Malivert remarquait dans les réponses de sa jeune parente un fonds d’irritation et de fierté blessée. Le soir, chez madame de Bonnivet, elle observa que la présence de son fils n’ôtait point à mademoiselle de Zohiloff cette sorte de malheur qui vient de la crainte de n’avoir pas eu assez d’orgueil envers ce qu’on aime, et d’avoir peut-être ainsi perdu de son estime. Est-ce une fille pauvre et sans famille, se disait Armance, qui doit tomber dans ces sortes d’oublis ?

Madame de Malivert elle-même était fort inquiète. Après bien des nuits passées sans sommeil, elle s’arrêta enfin à l’idée singulière, mais probable à cause de l’étrange caractère de son fils, que réellement, ainsi qu’Armance l’avait dit, il ne lui avait point parlé de son amour.

Est-il possible, pensait madame de Malivert, qu’Octave soit timide à ce point ? Il aime sa cousine ; elle est la seule personne au monde qui puisse le garantir des accès de mélancolie qui m’ont fait trembler pour lui.

Après y avoir bien réfléchi, elle prit son parti ; un jour elle dit à Armance d’un ton assez indifférent : Je ne sais pas ce que tu as fait à mon fils, afin de le décourager ; mais tout en m’avouant qu’il a pour toi l’attachement le plus profond, l’estime la plus parfaite, et qu’obtenir ta main serait à ses yeux le premier des biens, il ajoute que tu opposes un obstacle invincible à ses vœux les plus chers, et que certainement il ne voudrait pas te devoir aux persécutions que nous te ferions subir en sa faveur.