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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/165

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que peut avoir mon fils, et je ne veux pas de ta réponse avant huit grands jours.

Je ne sais si c’est au sang sarmate qui circulait dans ses veines, ou à ses malheurs si précoces qu’Armance devait la faculté d’apercevoir d’un coup d’œil tout ce qu’un changement soudain dans la vie renfermait de conséquences. Et que cette nouvelle position des choses pût décider de son sort ou de celui d’un indifférent, elle en voyait les suites avec la même netteté. Cette force de caractère ou d’esprit lui valait à la fois les confidences de tous les jours et les réprimandes de madame de Bonnivet. La marquise la consultait volontiers sur ses projets les plus intimes ; et dans d’autres moments : « avec cet esprit-là, lui disait-elle, une jeune fille n’est jamais bien ».

Après le premier moment de bonheur et de profonde reconnaissance, Armance pensa qu’elle ne devait rien dire à madame de Malivert de la fausse confidence qu’elle avait faite à Octave relativement à un prétendu mariage. Madame de Malivert n’a pas consulté son fils, pensa-t-elle, ou bien il lui a caché l’obstacle qui s’oppose à son dessein. Cette seconde possibilité jeta beaucoup de sombre dans l’âme d’Armance.

Elle voulait croire qu’Octave n’avait pas d’amour pour elle ; chaque jour elle avait besoin de cette certitude pour justifier à ses propres yeux bien des prévenances que se permettait sa tendre amitié, et cependant cette preuve terrible de l’indifférence de son cousin, qui lui arrivait tout à coup, accablait son cœur d’un poids énorme, et lui ôtait jusqu’à la force de parler.

Par combien de sacrifices Armance n’eût-elle pas acheté en cet instant le pouvoir de pleurer en liberté ! Si ma cousine surprend une larme dans mes yeux, se disait-elle, quelle conséquence décisive ne se croirait-elle pas en droit d’en tirer ? Qui sait même si, dans son empressement pour ce ma-