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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/163

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venances. En revanche personne ne devait y être plus sensible que la plus jolie femme de Paris toujours courant après quelque idée nouvelle qui pût lui faire passer la soirée d’une manière piquante. Octave suivait partout madame d’Aumale, et par exemple au théâtre Italien.

Pendant les deux ou trois dernières représentations de madame Pasta, où la mode avait amené tout Paris, il se donna la peine de parler très-haut à la jeune comtesse, et de façon à troubler entièrement le spectacle. Madame d’Aumale, amusée par ce qu’il lui disait, fut ravie de l’air simple avec lequel il était impertinent.

Rien ne semblait de plus mauvais goût à Octave ; mais il commençait à ne se point mal tirer des sottises. La double attention qu’en se permettant une chose ridicule, il donnait malgré lui, à l’impertinence qu’il faisait et à la démarche sage dont elle prenait la place, mettait dans ses yeux un certain feu qui amusait madame d’Aumale. Octave trouvait plaisant de faire répéter partout qu’il était amoureux fou de la comtesse, et de ne jamais rien dire à cette jeune et charmante femme, avec laquelle il passait sa vie, qui ressemblât le moins du monde à de l’amour.

Madame de Malivert, étonnée de la conduite de son fils, alla quelquefois dans les salons où il se trouvait à la suite de madame d’Aumale. Un soir en sortant de chez madame de Bonnivet, elle la pria de lui céder Armance pour la journée du lendemain. — J’ai beaucoup de papiers à mettre en ordre, et il me faut les yeux de mon Armance.

Le lendemain, dès onze heures du matin, avant le déjeuner, ainsi qu’on en était convenu, la voiture de madame de Malivert vint chercher Armance. Ces dames déjeunèrent seules. Quand la femme de chambre de madame de Malivert les quitta, souvenez-vous, dit sa maîtresse, que je n’y suis pour personne, pas plus pour Octave que pour M. de Malivert. Elle