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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/151

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IX


Que la paix habite dans ton sein, pauvre logis, qui te gardes toi-même.
Burns


La veille, après une journée affreuse, et dont on ne pourrait se former qu’une faible idée en pensant à l’état d’un malheureux dépourvu de courage, et qui se prépare à subir une opération de chirurgie souvent mortelle, une idée était apparue à Armance : Je suis assez liée avec Octave pour lui dire qu’un ancien ami de ma famille songe à me marier. Si mes larmes m’ont trahie, cette confidence me rétablira dans son estime. Ce mariage prochain et les inquiétudes qu’il me cause, feront attribuer mes larmes à quelque allusion un peu trop directe à la situation où je me trouvais. S’il a un peu d’amour pour moi, hélas ! il s’en guérira, mais du moins je pourrai être son amie ; je ne serai pas exilée dans un couvent et condamnée à ne plus le voir, même une seule fois, dans toute ma vie.

Armance comprit, les jours suivants, qu’Octave cherchait à deviner quelle était la personne préférée. Il faut qu’il connaisse l’homme dont il s’agit, se dit-elle en soupirant ; mon cruel devoir s’étend jusque-là. Ce n’est qu’à ce prix qu’il peut m’être permis de le voir encore.

Elle pensa au baron de Risset, ancien chef vendéen, personnage héroïque, qui paraissait assez souvent dans le salon de madame de Bonnivet, mais qui y paraissait pour se taire.

Dès le lendemain Armance parla au baron des Mémoires de madame de la Rochejaquelein ; elle savait qu’il en était ja-