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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/150

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— Je n’étais point malade, dit Armance d’un ton de légèreté un peu marqué, et l’intérêt que prend à ce qui me regarde votre vieille amitié, pour parler comme madame de G***, me fait un devoir de vous apprendre la cause de mes petits chagrins. Depuis quelque temps il est question d’un mariage pour moi ; avant-hier, on a été sur le point de tout rompre, et c’est pourquoi j’étais un peu troublée au jardin. Mais je vous demande un secret absolu, dit Armance effrayée d’un mouvement de madame de Bonnivet qui se rapprochait d’eux. Je compte sur un secret éternel, même avec madame votre mère et surtout envers ma tante. Cet aveu étonna beaucoup Octave ; madame de Bonnivet s’étant éloignée de nouveau : Voulez-vous me permettre une question, reprit-il ? est-ce un mariage de convenance toute seule ?

Armance, à qui le mouvement et le grand air avaient donné les plus belles couleurs, pâlit tout à coup. La veille, en formant son projet héroïque, elle n’avait pas prévu cette question si simple. Octave vit qu’il était indiscret, et cherchait une plaisanterie pour changer de discours, lorsque Armance lui dit en essayant de dominer sa douleur : J’espère que la personne qu’on propose méritera votre amitié ; elle a toute la mienne. Mais si vous voulez, ne parlons plus de cet arrangement, peut-être encore assez éloigné. Peu après, on remonta en calèche, et Octave, qui ne trouvait plus rien à dire, se fit descendre au Gymnase.