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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/147

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qu’elle avait mis tant d’attention à n’avoir jamais avec lui de conversation intime.

Le lendemain de l’explication dans le jardin, Octave vint deux fois à l’hôtel de Bonnivet, mais Armance ne parut point. Cette absence singulière augmenta beaucoup l’incertitude qui l’agitait sur le résultat favorable ou funeste de la démarche qu’il s’était permise. Le soir, il vit son arrêt dans l’absence de sa cousine et n’eut pas le courage de se distraire par le son de vaines paroles ; il ne put prendre sur lui de parler à qui que ce fût.

À chaque fois qu’on ouvrait la porte du salon il lui semblait que son cœur était sur le point de se briser ; enfin une heure sonna, il fallut partir. En sortant de l’hôtel de Bonnivet, le vestibule, la façade, le marbre noir au-dessus de la porte, le mur antique du jardin, toutes ces choses assez communes, lui semblèrent avoir une physionomie particulière qu’elles devaient à la colère d’Armance. Ces formes vulgaires devinrent chères à Octave, par la mélancolie qu’elles lui inspiraient. Oserai-je dire qu’elles acquirent rapidement à ses yeux une sorte de noblesse tendre ? Il tressaillit le lendemain en trouvant une ressemblance entre le vieux mur du jardin de sa maison couronné de quelques violiers jaunes en fleur et le mur d’enceinte de l’hôtel de Bonnivet.

Le troisième jour après celui où il avait osé parler à sa cousine, il vint chez madame de Bonnivet, bien convaincu qu’il était à jamais relégué au rang des simples connaissances. Quel ne fut pas son trouble en apercevant Armance au piano ! Elle le salua avec amitié. Il la trouva pâle et fort changée. Et cependant, ce qui l’étonna beaucoup et fut sur le point de lui rendre un peu d’espoir, il crut apercevoir dans ses yeux un certain air de bonheur.

Le temps était magnifique et madame de Bonnivet voulut profiter d’une des plus jolies matinées de printemps pour