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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/146

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VIII


What shall I do the while ? Where bide ? How live ?
Or in my life what comfort, when I am
Dead to him ?

Cymbeline, act. III.


Armance était loin de se faire une semblable illusion. Il y avait déjà longtemps que voir Octave était le seul intérêt de sa vie. Lorsqu’un hasard imprévu était venu changer la position sociale de son jeune parent, que de combats avaient déchiré son âme ! Que d’excuses n’avait-elle pas inventées pour le changement soudain qui avait paru dans la conduite d’Octave ! Elle se demandait sans cesse : A-t-il une âme vulgaire ?

Lorsque enfin elle fut parvenue à se prouver qu’Octave était fait pour sentir d’autres bonheurs que ceux de l’argent et de la vanité, un nouveau sujet de chagrins était venu s’emparer de son attention. Je serais doublement méprisée, se disait-elle, si l’on soupçonnait mon sentiment pour lui ; moi la plus pauvre de toutes les jeunes filles qui paraissent dans le salon de madame de Bonnivet. Ce profond malheur qui le menaçait de toutes parts, et qui aurait dû engager Armance à se guérir de sa passion, ne fit, en la portant à une mélancolie profonde, que la livrer plus aveuglément au seul plaisir qui lui restât dans le monde, celui de songer à Octave.

Tous les jours elle le voyait pendant plusieurs heures, et les petits événements de chaque journée venaient changer sa manière de penser sur son cousin ; comment eût-elle pu guérir ? C’est par crainte de se trahir et non par mépris,