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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/145

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ceci est fort clair, dit-elle à madame de Claix. — Trop clair, répondit celle-ci ; nous arrivons au scandale ; encore un peu plus d’amabilité de la part de l’étonnant Octave, et notre chère marquise ne pourra s’empêcher de nous prendre tout à fait pour ses confidentes. — C’est toujours ainsi, reprit madame d’Ancre, que j’ai vu finir ces grandes vertus qui s’avisent de dogmatiser sur la religion. Ah ! ma belle marquise, heureuse la femme qui écoute tout bonnement le curé de sa paroisse et rend le pain bénit ! — Cela vaut mieux assurément que de faire relier des Bibles par Thouvenin, reprit madame de Claix.

Mais toute la prétendue amabilité d’Octave avait disparu en un clin d’œil. Il venait de voir Méry qui revenait de la chambre d’Armance parce que sa mère avait demandé sa voiture, et Méry avait la figure renversée. Elle partit si vite qu’Octave ne put lui parler. Il sortit lui-même à l’instant. Il lui eût été impossible désormais de dire une parole à qui que ce soit. L’air affligé de mademoiselle de Tersan lui apprenait qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire ; peut-être mademoiselle de Zohiloff allait-elle quitter Paris pour le fuir. Ce qui est admirable, c’est que notre philosophe n’eut pas la moindre idée qu’il aimait Armance d’amour. Il s’était fait les serments les plus forts contre cette passion, et comme il manquait de pénétration et non pas de caractère, il eût probablement tenu ses serments.