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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/136

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Tout à coup, et sans en avoir prévenu, il écrivit un billet charmant au vicomte de Malivert et l’invita à venir chasser avec lui.

Il fut décidé, dans la famille d’Octave, parfaitement au fait des allures et du caractère du vieux duc de ***, que s’il réussissait pendant sa visite au château de Ranville, on le verrait un jour duc et pair. Il partit chargé des bons avis du commandeur et de toute la maison ; il eut l’honneur de voir un cerf et quatre chiens excellents se précipiter dans la Seine du haut d’un rocher de cent pieds de haut, et le troisième jour il était de retour à Paris.

Vous êtes fou apparemment, lui dit madame de Bonnivet en présence d’Armance. Est-ce que la demoiselle vous déplaît ? — Je l’ai peu examinée, répondit-il d’un grand sang-froid, elle me semble même fort bien ; mais quand arrivait l’heure où je viens ici, je me sentais du noir dans l’âme.

Les discussions religieuses reprirent de plus belle après ce grand trait de philosophie. Octave semblait un être étonnant à madame de Bonnivet. Enfin, l’instinct des convenances, si je puis hasarder cette expression, ou quelques sourires surpris, firent comprendre à la belle marquise qu’un salon où se réunissent cent personnes tous les soirs, n’est pas précisément le lieu du monde le mieux choisi pour l’investigation de la rébellion. Elle dit un jour à Octave de venir chez elle, le lendemain à midi, après le déjeuner. Ce mot, depuis longtemps Octave l’attendait.

Le lendemain fut une des plus brillantes journées du mois d’avril. Le printemps s’annonçait par une brise délicieuse et des bouffées de chaleur. Madame de Bonnivet eut l’idée de transporter dans son jardin la conférence théologique. Elle comptait bien puiser dans le spectacle toujours nouveau de la nature, quelque argument frappant en faveur d’une des idées fondamentales de sa philosophie : Ce qui est fort beau est néces-