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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/13

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Que de peine n’éprouve-t-on pas souvent pour se rendre un compte exact de ses propres sentiments ! Que sera-ce donc, s’il s’agit d’analyser ceux d’un autre ! de dire ce qu’il a pensé, éprouvé, voulu, dans les principales circonstances de sa vie ! Telles sont les réflexions qui se sont naturellement présentées à mon esprit, lorsque m’est venue l’idée de mettre en ordre les observations et les faits qu’une constante amitié m’a mis à portée de recueillir, sur l’homme le moins aisé à connaître que j’aie encore rencontré. Comme on le voit, je ne me suis point abusé sur les difficultés que présente le sujet. J’ai donc hésité longtemps, avant de commencer ce travail, quelque plaisir que je pusse d’ailleurs me promettre à passer en revue des années contemporaines des miennes, et pendant lesquelles se formèrent des liens que la mort seule devait rompre. Mais un sentiment supérieur à toute considération personnelle m’a déterminé : le désir, la certitude d’honorer la mémoire de Beyle, en le faisant mieux connaître.

D’ailleurs, quelqu’un pouvait-il savoir, et raconter aussi

Au moment où cette Notice a paru pour la première fois (1845), je croyais avoir pris connaissance de tous les papiers laissés par Beyle ; il n’en était pas tout à fait ainsi ; une caisse contenant de nouveaux manuscrits, me fut encore adressée de Cività-Vecchia, où ils avaient été retrouvés en 1846. D’autre part, je n’avais pas lu alors les lettres de Beyle qui m’ont été confiées depuis. La lecture de ces divers écrits m’a mis à même de compléter ma Notice et d’ajouter à son exactitude. En la reproduisant, je pense aussi aider à l’intelligence des lettres de Beyle, dont quelques parties auraient pu offrir de l’obscurité.